L'ingénieur du gouvernement du Québec a comme priorité l'intérêt des citoyens et non celui du politique.
Il pratique sa profession en toute indépendance car le législateur l'a assuré de la sécurité d'emploi qui le met à l'abri de l'arbitraire du politicien. Il est appuyé dans sa pratique professionnelle par un syndicat qui dispose de moyens financiers et juridiques pour protéger cette indépendance.
Bien sûr, tout cela déplaît au politique. C'est pourquoi, entre autres, depuis plusieurs années et cela va en s'accentuant, le politique a greffé à la fonction publique une coûteuse armada de firmes de consultants. Certains qualifient cette tendance lourde de « parasitage croissant de firmes de consultation ».
Pour justifier l'utilité de cette armada, le politique utilise l'arme redoutable de la désinformation et il ne fait pas dans la dentelle. La sortie de l'ex-ministre Forget à Toronto en est un bel exemple. Il y en a bien d'autres.
Par contre, certains ministres ont l'honnêteté d'admettre qu'il manque d'ingénieurs pour réaliser la mission de leur ministère ou que la faiblesse des salaires versés aux ingénieurs du gouvernement ne leur permet pas d'attirer des ingénieurs d'expérience. Les ministres Julie Boulet et Monique Gagnon-Tremblay sont deux de ces ministres.
Comme l'a mentionné la ministre Julie Boulet, faute de salaires compétitifs, le ministère des Transports ne peut embaucher des ingénieurs d'expérience. À grands frais et sans aucune étude de rentabilité, ce ministère se tourne vers les firmes de génie-conseil. Le ministère invoque la plupart du temps des motifs de surcharge de travail ou de manque de ressources pour donner de lucratifs contrats aux firmes. En fait, c'est d'une « désorganisation planifiée » dont il s'agit, et ce, aux frais du citoyen.
Le maillage privé-public conduit à d'inéluctables dérives éthiques. La création d'un code d'éthique dédié aux firmes de génie-conseil ou encore la nomination ou la création d'une multitude de commissaires, d'agences ou de commissions de contrôle ne règlera pas les problèmes générés par ces occultes et tentaculaires puissances.
Comme le mentionne l'auteur Christian Bordeleau « C'est en réduisant les contacts publics-privés et en développant une contre-expertise « maison » que l'on réduira les problèmes de corruption et d'éthique, et ce, bien plus qu'avec un code de conduite.
Dans les faits, rien ne saurait empêcher une ville comme Montréal de ragaillardir son département d'ingénierie, son service de vérification et tous les pans de sa bureaucratie pour s'immuniser contre le parasitage du privé, si ce ne sont le financement électoral et le «pantouflage» de deuxième carrière qu'offrent les firmes parasites. »